• Bataille des Ardennes

                      La Bataille des Ardennes est l'appellation donnée à l'ensemble des opérations militaires qui se sont déroulées dans les Ardennes belges et le nord du Grand-Duché de Luxembourg pendant l'hiver 1944-1945. La bataille commence le 16 décembre 1944 par une attaque surprise allemande à laquelle on a donné le nom d'« Offensive von Rundstedt ». Ironie de l'histoire, le vieux Maréchal y était opposé : il estimait que l'objectif était trop ambitieux. Les Anglo-Américains l'appellent « Battle of the Bulge » (Bataille du Saillant) vu la forme de coin que la ligne de front avait prise lorsque la pénétration allemande fut arrêtée. La bataille des Ardennes se termine fin janvier 1945 après le refoulement des Allemands au-delà de leur ligne de départ.

    Situation des Alliés début décembre 1944

      

                    Le front occidental s'est étendu. Après l'échec d'Arnhem, il suit d'abord une ligne est-ouest coupant les Pays-Bas en deux et ensuite une ligne nord-sud suivant très approximativement la frontière allemande jusqu'en Suisse. Depuis les ports français, les lignes de communication sont longues et Anvers vient seulement d'être dégagée. Les Alliés manquent de moyens mais, pour ne pas permettre à l'ennemi de se ressaisir, ils doivent continuer leur offensive.   

                Au nord, une attaque vient d'être lancée pour s'emparer des barrages de la Roer afin d'empêcher les Allemands de déclencher d'éventuelles inondations. Au sud, la 3e Armée de Patton prépare une offensive vers Francfort. Pour réunir les moyens nécessaires, le front a été dégarni dans les Ardennes où quatre divisions US tiennent 120 km de front.

    Le dispositif des Alliés comprend :

    • de la Zélande jusqu'au nord de Maastricht : le 21e Groupe d'armées (maréchal Montgomery) avec la 1re Armée canadienne et 2e Armée britannique
    • de Maastricht à Sarrebruck : le 12e Groupe d'armées (général Bradley) avec du nord au sud : la 9e Armée US (général Simpson), la 1re Armée US (général Hodges) couvrant toutes les Ardennes belges et le Grand-duché de Luxembourg et la 3e Armée US (général Patton)
    • de Sarrebruck à la frontière suisse : le 6e Groupe d'armées (général Devers) avec la 7e Armée US et la 1re Armée française
    • en réserve générale : six divisions, parmi lesquelles seules les 82e et 101e Division Airborne à Reims sont disponibles immédiatement.

    Au total, cela représente 69 divisions.

    Situation des Allemands début décembre 1944 

    Pour les Allemands, les lignes de communication et la longueur des fronts se sont réduites ; ce qui permet de regrouper les forces et même de constituer quelques réserves. Les fronts d'Italie et de Russie sont stabilisés. La mobilisation de tous les hommes entre 16 et 60 ans permet de rétablir les effectifs. La défense de la patrie ressaisit le moral de ceux qui ne sont pas encore résignés. Dos au mur, les Allemands acceptent l'idée de combattre sans idée de recul.

            La production de matériel militaire est satisfaisante. Une nouvelle 6e SS Panzer Armee a même pu être constituée. Toutefois, il faut agir rapidement car les bombardements stratégiques alliés deviennent inquiétants et les réserves en carburant s'amenuisent.

    Quatre groupes d'armées sont déployés face aux Alliés :

    • de la Zélande jusqu'à Roermond : le Groupe d'armées H ;
    • de Roermond à l'est de Luxembourg : le Groupe d'armées B du feldmarschall Model ;
    • au sud : le Groupe d'armées G ;
    • à l'extrême sud : le Groupe d'armées Oberrhein (Rhin supérieur).

    Avec les réserves, le total est de 74 divisions, soit un nombre équivalent à celui des Alliés.

    Le plan allemand

         Fin septembre 1944, Hitler charge un état-major restreint sous le contrôle du général Jodl de préparer une offensive en Ardennes. Cette opération reçoit le nom de « Wacht am Rhein » (Garde au Rhin). Des mesures draconiennes sont prises pour le maintien du secret. Les maréchaux von Rundstedt et Model sont informés le 24 octobre. Ce dernier est un fidèle du régime ; il commande le Groupe d'Armées B qui sera chargé de l'attaque et dont les unités auront du nord au sud les objectifs suivants :

    • La 15e Armée fixera l'ennemi en front.
    • La 6e SS Pz Armée (neuf divisions) sera chargée de l'effort principal. Nouvellement constituée, elle sera mise en place au dernier moment. Elle franchira la Meuse au sud-ouest de Liège, protègera elle-même son flanc nord, coupera les forces alliées du nord de leur ligne de communication et s'emparera d'Anvers.
      • La 5e Pz Armée (neuf divisions) franchira la Meuse dans la zone de Namur et avancera jusqu'à Bruxelles pour protéger le flanc sud au-delà de la Meuse.
      • La 7e Armée (onze divisions) attaquera pour protéger le flanc sud à la hauteur d'Arlon jusqu'à la Meuse.

      L'opération sera appuyée par :

      • Le parachutage de nuit au nord de Malmedy de l'unité du colonel von der Heydte chargée de bloquer les routes venant du nord (Opération Stösser).
      • L'infiltration en Ardennes de l'unité spéciale du colonel Skorzeny composée de militaires allemands en uniforme américain parlant l'anglais et chargée de créer la confusion dans les lignes américaines (Opération Greif).

    Forces en présence

    La bataille 

    Samedi 16 décembre 1944 

             Les positions avant l'attaque des Ardennes 16 décembre 1944 : la 6e Panzer Armée SS compte neuf divisions, la 5e Panzer armée sept et la 7e armée onze

             Dès 05h30, une importante préparation d'artillerie est déclenchée. Dès 06h00, des patrouilles de combat allemandes s'infiltrent entre les points d'appui américains afin de s'emparer de quelques passages obligés.

             À 08h00, couverte par le brouillard, la véritable offensive allemande commence :

    • À la 6e SS Pz Armée
      • Au nord, l'avance est rapidement bloquée, suite, principalement, à l'action de la 2e Div Inf US et à la réaction de l'artillerie américaine.

              Au sud, la progression de l'infanterie est freinée par l'ouverture des champs de mines et la résistance des points d'appui américains. Les blindés « piétinent » d'impatience, surtout la 1re SS Pz Div qui dispose de 164 chars dont 45 « Tigre royal » et 38 « Panther ». Sa colonne principale est commandée par le jeune lieutenant-colonel SS Peiper (29 ans). Fin d'après-midi, fatigué par l'attente, il traverse volontairement un champ de mines en perdant quelques blindés, et continue sa progression de nuit.

    • Devant la 5e Pz Armée, quatre malheureuses divisions du VIIIe Corps US déployées sur un front de 120 km résistent mais elles sont attaquées par des forces largement supérieures.
    • Plus au sud, la 7e Armée pénètre dans Echternach mais ne réalise qu'une percée de 5 km ; la 4e Div Inf US, solidement appuyée par l'artillerie, parvient à se maintenir.

              En fin d'après-midi, Eisenhower et Bradley qui sont en réunion à Versailles, sont informés de l'attaque. Ils n'en mesurent pas encore l'ampleur. Le mauvais temps empêche les reconnaissances aériennes. Néanmoins, Bradley donne des ordres à la 9e et à la 3e Armée pour envoyer respectivement les 7e et 10e Div Bl vers la 1re Armée. Ces unités commenceront leur mouvement dans la nuit.

    Dimanche 17 décembre 1944 

                     Vers 03h00, des Junkers 52 larguent un millier de Fallschirmjäger (parachutistes allemands) sous le commandement du colonel von der Heydte sur le plateau des Hautes Fagnes au nord de Malmedy. La dispersion est extrême ; les colis avec l'armement lourd sont rarement retrouvés. L'action sera peu efficace. Beaucoup d'hommes seront capturés assez rapidement. Non rejoints, les derniers se rendront aux Américains le 23 décembre.

             Les hommes de l'unité Skorzeny (Allemands habillés et équipés à l'américaine) coupent les lignes téléphoniques et créent la confusion, surtout dans les mouvements US. Ils n'auront toutefois pas l'effet espéré.

                Au nord de la pénétration, la colonne Peiper qui a déjà fait de nombreux prisonniers, s'empare vers 07h00 d'un dépôt US à Bullange et peut faire le plein de carburant. Elle reprend ensuite sa progression vers l'ouest. La 7e Div Bl US qui descend vers Saint-Vith passe quelques kilomètres devant la tête de la colonne allemande. À 12h30, Peiper capture, à Baugnez près de Malmedy, une centaine d'artilleurs de la colonne de la Div US. Ceux-ci sont rassemblés dans une prairie mais, vers 14h00, avec les troupes SS qui suivent, un officier déclenche la tuerie des prisonniers. Plusieurs peuvent s'enfuir et pour certains même rejoindre leurs lignes.

               L'information du « massacre de Baugnez » parviendra rapidement aux unités US qui, au lieu d'être terrorisées, penseront surtout à venger leurs camarades. Le soir, la 1re SS Pz Div rejette vers le nord la jeune 99 Div Inf US et la colonne Peiper arrive devant Stavelot.

    Au centre, soumis à l'attaque de la 5e Pz Armée :

    • à Saint-Vith, la 106 Div Inf US composée de jeunes recrues résiste comme elle peut. Presque encerclée, elle attend avec impatience le renfort de la 7e Div Bl US dont les premiers éléments arrivent vers 16h00. Il faut bien se rendre compte que le mouvement d'une Div Bl avec plus de 1000 véhicules dont des chenillés, dans les conditions qu'on imagine, constitue à lui seul une véritable opération.
    • En avant de Clervaux, la 28e Div Inf US, commandée par le major general Cota (célèbre depuis son action à Omaha Beach) est déployée sur un large front. Ce sont des vétérans mais ils sont attaqués par des forces cinq fois supérieures. Les points d'appui sont encerclés mais ils résistent et freinent ainsi la progression allemande.

          Au sud, le flanc de la pénétration allemande est contenu sur la ligne Echternach-Diekirch.

             À Reims, vers 20h30, les 82e et 101e Div Abn reçoivent leurs ordres de mouvement et partent dans la nuit.

    Les 18 et 19 décembre 1944 

    Au nord :

             Avec les renforts qui arrivent, le commandant de la 1re Armée US organise sa ligne de défense de la région d'Elsenborn vers le sud-ouest.

            Le 18, la colonne Peiper prend Stavelot mais ne peut s'emparer d'un dépôt US qui est incendié à son approche. Elle s'engage dans la vallée encaissée de l'Amblève, prend La Gleize et s'avance vers Stoumont. Elle est immobilisée par une attaque aérienne, ce qui permet au génie US de faire sauter un pont devant les premiers chars, les obligeant à faire demi-tour. Dès le 19, des unités US dont la célèbre 82e Div Abn qui vient d'arriver, la stoppent à Stoumont et attaquent même ses arrières.

    Au centre :

            Dans la région de Saint-Vith, isolés, deux des trois régiments de la 106e Div Inf ont été faits prisonniers mais la 7e Div Bl tient fermement une position en forme de fer à cheval. Elle oblige les Allemands à adapter leurs plans et à engager prématurément des renforts.

                    Du nord de Clervaux à Diekirch, les points d'appui de la 28e Div US luttent jusqu'à l'extrême. Les rescapés des deux régiments nord s'exfiltreront vers Saint-Vith et Bastogne où ils continueront le combat.

               À Bastogne, le 18 à 16h00, le groupement blindé B de la 10e Div Bl US et un bataillon antichar se sont déployés. À partir de 22h30, venant de Reims, la 101e Div Abn les rejoint. Le lendemain, ils subiront les premières attaques sérieuses.

    Au sud :

              Le 109e Régiment de la 28e Div, commandé par le colonel Rudder (le chef des rangers de la pointe du Hoc) mène le combat retardateur depuis Diekirch. Il tiendra jusqu'à l'arrivée des renforts.

    Au haut commandement allié :

            Le 19, Eisenhower (« Ike ») réunit les commandants de groupes d'armées et d'armées. Il prescrit à Devers d'étendre le front de son 6e Groupe d'armées vers le nord afin de permettre à Patton de regrouper des unités en vue d'une attaque sur le flanc sud du saillant. Il charge Bradley d'agir de manière similaire au nord. Ces directives du commandant en chef auront pour effet le déplacement de centaines de milliers d'hommes. Lorsque Ike demande à Patton le temps qui lui sera nécessaire pour tourner son armée de l'est vers le nord, ce dernier répond promptement 3 jours. Ce délai irréaliste fait sourire les généraux présents; surtout Monty qui prévoyait 6 jours pour une manœuvre similaire venant du nord . Ce qu'ils ignorent, c'est qu'avant de recevoir les instructions de Ike, Patton a déjà donné des ordres pour préparer le mouvement. Malgré les routes gelées, la célérité de la 3e Armée sera surprenante; l'attaque de Patton aura lieu dans les 3 jours annoncés !

    Les 20, 21 et 22 décembre 1944 

                Depuis le 19 et jusqu'au 22, le temps bouché empêche toute action importante de l'aviation.

    Au nord

                 Peiper est coupé de ses arrières. À Stoumont, le 20 et le 21, la bataille est féroce. La nuit, il y a des combats corps à corps entre les parachutistes et les SS. Peiper doit se replier sur La Gleize.

               La 6e SS Pz Armee est définitivement arrêtée et les Américains ont même repris Stavelot.

    Au centre

             À Saint-Vith, les Allemands attaquent en force et prennent la ville le 21 vers minuit. La 7e Div Bl se rétablit à l'ouest mais reçoit l'ordre de se replier. Sa remarquable défense de Saint-Vith a brisé la marée allemande et a surtout permis aux autres unités américaines de venir former la digue nord du saillant.

            Entre Saint-Vith et Bastogne, les 116e et 2e Pz Div de la 5e Pz Armee, après avoir attendu un ravitaillement en carburant, atteignent le 22 respectivement Hotton et Marche.         Elles se heurtent à la 84e Div US qui y a pris position la veille.

                À Bastogne, dès le 20, les « Panzer » allemands contournent par le nord et par le sud. La nuit du 21 au 22, la ville est complètement encerclée. Les Allemands mènent successivement mais infructueusement plusieurs attaques pour s'emparer de ce nœud routier particulièrement important. La place est défendue par 18 000 Américains comprenant la 101e Div Abn, un groupement blindé de la 10e Div Bl, un bataillon antichars, deux bataillons d'artillerie et des rescapés de la 9e Div Bl et de la 28e Div. La 101e Div est normalement commandée par le général Taylor mais il est aux États-Unis. C'est le brigadier général Anthony McAuliffe qui assure l'intérim.

               On lui a confié le commandement de toutes les unités encerclées. Officier d'artillerie, il utilise de manière remarquable le feu des sept bataillons d'obusiers dont il dispose (cinq organiques, deux en renfort). Le 22 à 12h00, les Allemands exigent la reddition de la ville sous menace de destruction. La réponse de McAuliffe est ferme et brève : « Nuts » (traduite dans ce contexte par "Des clous" dans le sens "Allez voir ailleurs si j'y suis").

    Au sud

                Le 22, la Pz Lehr Div qui a contourné Bastogne par le sud, s'empare de Saint-Hubert.

    Plus au sud

              Depuis le 20, la 4e Div Bl US s'est déployée dans la région d'Arlon. Le 22 à 06h00, sans attendre l'arrivée de toutes ses unités, Patton démarre sa contre-attaque en direction de Bastogne.

    Au haut commandement allié

           Le 20 décembre, Eisenhower décide de confier le commandement temporaire des unités US nord du saillant, soit la 9e Armée et la 1re Armée (sauf son VIIIe Corps), à Montgomery. Vu la situation, Ike juge que ces forces échappent désormais au contrôle de Bradley.

              Il estime aussi que c'est la meilleure manière d'obtenir un engagement franc du XXXe Corps britannique, seule grande réserve tactique disponible.

          Le XXXe Corps se porte en effet rapidement vers le sud afin de garantir d'abord la sûreté des passages sur la Meuse.

            La décision de « Ike » sera mal accueillie par Bradley et d'autres généraux américains qui n'apprécient pas l'orgueilleux maréchal britannique

    Les 23, 24 et 25 décembre 

    Des soldats américains de la 101e Airborne surveillent la route qui mène à Bastogne 

                       Dès le 23, le temps s'éclaircit et l'aviation alliée passe à l'attaque. Le 24, il y a 5 000 sorties alliées contre seulement 1 000 sorties allemandes.

    au nord

              La ligne de défense alliée est fermement installée.

             Le 24, avant l'aube, Peiper, abandonné, fait sauter ses véhicules et s'exfiltre à travers bois. Il laisse à La Gleize ses blessés et des prisonniers US. Tous ses chars sont perdus, la 1re SS Pz Div est brisée.

    Au centre

                     Bastogne subit de violentes attaques. Les défenseurs, qui disposent de moyens de communication, guident les attaques aériennes rapprochées. Chaque jour, plus de cent tonnes d'approvisionnement (surtout des médicaments et des munitions d'artillerie) leur sont parachutées.

                      Plus à l'ouest, les blindés allemands ont progressé dans la trouée entre Marche et Dinant mais avec lenteur car ils manquent de carburant et subissent sur leur flanc nord le harcèlement d'une brigade blindée britannique. Le 24, la 2e Pz Div prend Celles (8 km à l'est de Dinant) ; la Meuse est en vue. Hasard d'appellation, en face se trouve la célèbre 2e Div Bl US surnommée « Hell on wheels » (l'enfer sur roues) renforcée par une brigade blindée britannique.

               Le jour de Noël, la percée atteint son point extrême ; elle n'ira pas plus loin. La 2e Div Bl US débute une manœuvre en tenaille et, dans les trois jours qui suivent, avec l'appui de l'artillerie et de l'aviation, mettra fin au rêve de la 2e Pz Div d'atteindre la Meuse.

    Au sud

          Les unités de Patton attaquent et la 4e Div Bl pousse sur la route Martelange - Bastogne. Le 24, elle est bloquée à 10 km au sud de Bastogne et doit effectuer un débordement par l'ouest. Elle ne pourra pas atteindre Bastogne pour la Noël comme espéré.

    Tristesse

             La veille de la Noël, une tragédie s'accomplit à Bande (commune de Nassogne, à 10 km de Marche-en-Famenne). Chargée par Himmler de missions de représailles, la Gestapo arrête 35 hommes (de 16 à 32 ans) et les abat un par un ; un seul parvient à s'échapper.

           Les 23, 24 et 25 décembre, la ville de Malmedy est bombardée, par erreur, par des avions alliés. Il y a plusieurs centaines de tués parmi la population belge et les militaires américains.

    Du 26 au 31 décembre 1944 

     

                    Chaque jour l'aviation alliée fait des milliers de sorties. Le 26, Saint-Vith considéré comme un objectif capital est complètement détruit. Les sorties allemandes sont de moins en moins nombreuses ; elles dépassent rarement quelques centaines.

    Sur le bord nord du saillant

                Dix divisions alliées sont en ligne et deux en réserve. Le XXXe Corps britannique peut intervenir à bref délai et la 6e Div Abn UK est arrivée à Dinant.

    À Bastogne,

            Les ravitaillements par air continuent. Plusieurs planeurs atterrissent dont un amenant une équipe de chirurgiens.

                Le 26 à 16h45, l'avant-garde de la 4e Div Bl US parvient à réaliser la jonction. Le couloir est extrêmement étroit et les combats seront âpres pour l'élargir.

                 Le 27, un convoi d'ambulances peut évacuer des blessés. Le général Taylor a rejoint sa division. Après avoir remercié et félicité MacAuliffe, il reprend le commandement.

                Les jours suivants, munitions, équipements chauds, cigarettes et même, avec un peu de retard, dindes de Noël arrivent à Bastogne.

    À Celles,

               La 2e Pz Div, encerclée par la 2e Div Bl US, laisse 1 500 prisonniers et de nombreux véhicules. 

    À l'OKW,

               Le 28, Hitler finit par admettre qu'Anvers ne peut être atteint et change la mission : détruire les forces alliées dans les Ardennes.

              Le 30, la 5e armée de von Manteuffel lance une attaque importante pour essayer de couper le corridor vers Bastogne.

    Janvier 1945 

              Le 1er janvier, la Luftwaffe exécute une riposte bien conçue et exécutée par surprise; il s'agit de l'opération Bodenplatte. Volant en rase-mottes, l'aviation allemande attaque une trentaine de bases alliées. Selon certaines sources, 800 avions sont détruits ou endommagés ; 300 selon d'autres, mais pour ne pas inquiéter la population, les services d'information alliés ont minimisé les faits. La Luftwaffe perd toutefois dans ce raid 277 avions et beaucoup de ses derniers pilotes chevronnés. Elle ne sera plus en mesure de combler ses pertes et de jouer un rôle dans la fin de la guerre. Les Alliés qui n'ont presque pas perdu de pilotes dans cette opération remplaceront les avions perdus en deux semaines.

             Le même jour, profitant du déforcement du groupe d'armées Devers, les Allemands lancent une attaque de diversion en Alsace. Cela n'aura toutefois aucune répercussion en Ardennes.

             En ce mois de janvier 1945, les conditions atmosphériques sont épouvantables. Dans les Ardennes, il y a beaucoup de neige et la température est tellement basse qu'il faut faire tourner régulièrement tous les moteurs pour que l'huile ne gèle pas. C'est dans ces conditions que démarre le 3 janvier la contre-attaque de Montgomery. En fait, il s'agit de l'attaque du VIIe corps US du général Collins qui a été relevé sur ses positions par le XXXe Corps britannique. Elle démarre de la région de Hotton en direction de Houffalize. Elle sera appuyée sur sa droite, à partir du 6 janvier, par des unités britanniques (Welsh Div et la 6e Abn Div). La jonction avec la contre-attaque de Patton qui a commencé 12 jours plus tôt est prévue dans la région d'Houffalize. Les opérations sont lentes car les journées sont courtes et les Allemands se sont bien retranchés derrière des canons antichars et de nombreux champs de mines. La jonction aura lieu le 16 janvier. À la même date, le XXXe Corps britannique retourne vers le front de Hollande.

            Le 17 janvier, la 1re armée US est replacée sous le commandement de Bradley mais la 9e reste sous celui de Montgomery.

          Le Commandement suprême allemand (OKW) ordonne le repli car, après trois mois d'arrêt, les Soviétiques ont repris l'offensive.

            Le 24 janvier, Saint-Vith est repris et le 30, les Allemands sont rejetés au-delà de leur ligne de départ.

    Conséquences et conclusions 

           Tout en reconnaissant la précarité des a posteriori, les historiens militaires estiment que les Américains ont commis deux erreurs :

    • sur le plan du renseignement, malgré le remarquable secret du plan allemand, les Alliés disposaient d'informations qui auraient dû les mettre en garde mais ils les ont parfois ignorées, parfois mal interprétées.
    • sur le plan du dispositif, le déploiement en Ardennes constituait un fameux coup de poker. Quant aux Allemands qui avaient connu un succès foudroyant sur le même terrain en mai 1940, ils n'ont pas tenu compte (Hitler, du moins) des conditions qui avaient changé :
      • un hiver rigoureux a remplacé un printemps radieux ;
      • la supériorité aérienne a changé de camp ;
      • la coordination char-artillerie-aviation de la blitzkrieg n'existe plus ;
      • le ravitaillement, particulièrement en carburant, n'est pas assuré ;

      La bataille des Ardennes aura des conséquences militaires majeures pour les Allemands puisqu'ils y épuiseront leurs meilleures unités. Elle aura aussi des conséquences politiques importantes car en attaquant sur le front occidental, Hitler a fait le jeu de Staline. L'Armée rouge pourra ainsi franchir rapidement l'Oder et atteindre l'Elbe avec les suites que l'on connaît. De leur côté, les armées alliées occidentales ne bénéficieront pas autant qu'on l'aurait souhaité de l'épuisement des réserves allemandes.   

     


    Tags Tags : , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :