•  

    Jour 1 : Dimanche 17 septembre 1944 

    Premiers succès 

    L'opération Market Garden s'ouvre avec succès pour les Alliés. Au premier largage, la quasi-totalité des troupes sont arrivées sur leurs zones de parachutage. Pour la 82e division aéroportée , 89% des soldats débarqués ont atterri sur ou dans les 1.000 mètres de leurs zones de largage et 84% des planeurs se sont posés sur ou dans les 1.000 mètres de leurs zones d'atterrissage. Cela contraste avec les opérations précédentes, où le largage de nuit avait provoqué un dispersement des unités allant jusqu'à 19 km.

    Dans le sud, la 101e division aéroportée rencontre peu de résistance et capture quatre des cinq ponts. Le pont à Son saute lorsque les parachutistes américains s'approchent de lui, après avoir été retardés par un engagement de courte durée avec un canon de 88mm et une mitrailleuse. Plus tard dans la journée, de petites unités de la 101e se déplacent au sud de Son.

      Vidéo montrant le parachutage de l'operation MARKET GARDEN

    Au nord, de petits groupes de la 82e progressent vers Grave et prennent le pont à la hâte. Ils ont également réussi à capturer un pont d'une importance vitale, à Heumen, au confluent de la Meuse et du canal qui la relie au Waal. Le but principal de la 82e au cours de de cette journée a été d'occuper les hauteurs de Groesbeek et de créer ainsi une position de blocage afin de prévenir d'une attaque et d'empêcher les observateurs allemands de guider les tirs de l'artillerie . Browning et Gavin ont estimé que cela devait être la priorité de la division. Le 508e Régiment de parachutistes d'infanterie a été chargé, si possible de prendre le pont de Nimègue, mais à cause de la mauvaise communication, l'attaque ne commence pas avant la fin de la journée. S'ils l'avaient attaqué plus tôt, ils auraient fait face à seulement une dizaine d'Allemands. Au moment où le 508e attaque, des troupes de reconnaissance du 9e bataillon de reconnaissance de SS arrivent. L'attaque échoue, laissant le pont de Nimègue aux mains des Allemands.

    Le contrôle de ce pont est vital, contrairement à certains des ponts vers le sud qui enjambent des petites rivières et des canaux et qui peuvent être remplacés par des unités du génie, car les ponts de Nimègue et Arnhem traversent deux bras du Rhin et ne peuvent être comblés facilement. Si ces ponts ne peuvent pas être capturés et tenus, l'avance de XXX Corps serait bloqué et l'opération Market Garden serait vouée à l'échec.

    La 1re Division aéroportée atterrit sans incident grave, mais les premiers problèmes apparaissent peu après. Seulement la moitié de la Division est arrivée avec la première vague et seulement la moitié d'entre eux (1ère Brigade de parachutistes) peut avancer vers le pont. Le reste des troupes défend les zones de largage pour le prochain parachutage le jour suivant. Ainsi, l'objectif principal de la division doit être réalisé avec l'effectif d'une demi-brigade. Alors que les parachutistes progressent à l'est d'Arnhem, l'escadron de reconnaissance de la division chemine vers l'avant pour s'emparer du pont. L'escadron constitué de jeep se heurte aux positions défensives allemandes et est obligé de faire retraite.

    Deux des trois bataillons de la 1re Brigade de parachutistes, faisant face à une solide résistance allemande, sont contraints à faire halte pour la nuit à Oosterbeek. Le lieutenant-colonel John Frost du 2e Bataillon arrive au pont d'Arnhem dans la soirée et met en place des positions défensives à l'extrémité nord. Deux offensives pour capturer le pont et l'extrémité sud sont repoussées.

    Problèmes de communication 

    Les radios britanniques ne fonctionnaient pas quelle que soit la distance. Il a été constaté après l'atterrissage que les radios étaient réglées sur des fréquences différentes, dont deux coïncidaient avec des stations de radio britannique et allemande. De plus, il est également possible que les dizaines de largages qui ont été planifiés puis annulés dans les semaines précédant l'opération aient conduit un déchargement précoce des batteries.

    Pour la 1re Division aéroportée, le seul moyen de demander un soutien aérien consiste en deux unités spéciales américaines larguées à Arnhem le même jour. Ces unités sont équipées de Veeps : des jeeps pourvues de radio RCS-193 à très haute fréquence. Malheureusement, les postes radio sont rapidement détruits par des tirs de mortier ; de ce fait, la 1ere Airborne dut utiliser des signaux visuels pour communiquer avec la RAF. Cependant, les pilotes avaient l'ordre de ne pas réagir aux signaux venant du sol car il n'y avait pas de moyen facile de distinguer l'ami de l'ennemi, ce qui a conduit à un manque critique de l'appui aérien à Arnhem et Oosterbeek.

    Avance du XXXe Corps

    Le lieutenant-général Brian Horrocks reçoit la confirmation du début de l'opération le matin du 17 septembre. A 12 h 30, Horrocks reçoit un signal indiquant que les premières vagues des forces aéroportées ont quitté leurs bases au Royaume-Uni et fixant l'heure de l'attaque au sol à 14 h 35. A 14 h 15, 300 canons ouvrent le feu et exécutent un tir de barrage de 1,6 km de large et 8,0 km de profondeur sur les positions allemandes à Valkenswaard, à l'avant de la ligne de départ du XXX Corps. Ce tir de barrage est appuyé par sept escadrons d'Hawker Typhoon de la RAF. L'avance est menée par les chars et l'infanterie des Irish Guards. Ces derniers traversent le canal Meuse-Escaut et entrent dans les Pays-Bas à 15 h 00. Après avoir traversé la frontière, les Irish Guards sont pris en embuscade par l'infanterie et les canons antichar allemands le long de la route principale. Après une nouveau tir de barrage de l'artillerie, les Hawker Typhons accomplissent une nouvelle vague sur les positions allemandes. Des soldats allemands capturés révèlent, certains de leur plein gré, d'autres après avoir été menacés, le reste des positions allemandes. Au crépuscule, la ville de Valkenswaard est atteinte et occupée par les Irish Guards.

    Horrocks a prévu que les Irish Guards puissent parcourir les 21 km les séparant d'Eindhoven en trois heures, mais ils réussissent à couvrir seulement 11 km. Au premier jour, l'opération a déjà pris du retard. A Valkenswaard, les ingénieurs construisent un pont Bailey de 58 m de long en 12 heures.

    Réactions allemandes

                       Les Allemands comprennent rapidement la situation. Le maréchal Walter Model séjourne à l'Hôtel Tafelberg à Oosterbeek lorsque les Britanniques commencent à atterrir dans la campagne à l'ouest d'Oosterbeek. Désorienté, il conclut qu'ils sont des commandos tentant de l'enlever. Il accomplit alors une course folle pour un endroit plus sûr. En attendant, Wilhelm Bittrich, commandant du 2e SS-Panzerkorps, envoie immédiatement un bataillon de reconnaissance de la 9e Panzerdivision SS à Nimègue pour renforcer la défense du pont. A minuit, Model se représente clairement la situation et donne des ordres qui se révéleront adaptés pour la défense d'Arnhem. La confusion attendue des défenses allemandes contre les opérations aéroportées était absente à Arnhem et l'avantage de la surprise a été réduit par la réaction rapide des forces allemandes.

    Jour 2 : Lundi 18 septembre 1944

                   Les météorologues alliés ont prévu que l'Angleterre serait couverte de brouillard le matin du 18 septembre. Le deuxième largage fut reporté de trois heures et d'épais nuages bas ont commencé à se développer sur la partie sud de la zone de combat, puis se sont répandus sur tout la zone durant la journée, ce qui a entravé l'approvisionnement et l'appui aérien (sept des huit prochains jours auront de mauvaises conditions météorologiques et les opérations aériennes ont été annulées le 22 septembre et le 24 septembre).

    Zone d'opération de la 1re Airborne

     

    Largages britanniques sur Arnhem 

    Le 1er et 3e bataillons de parachutistes avancent vers le pont d'Arnhem pendant les premières heures du 18 septembre et font de bons progrès, mais sont stoppés par les Allemands. Subissant de lourdes pertes, ils sont obligés de stopper leur progression.

    Tôt dans la journée le 9e bataillon de reconnaissance de SS (envoyé au sud la veille) conclut que sa présence n'est pas nécessaire à Nimègue et retourne à Arnhem. Bien conscient que des troupes britanniques tiennent le pont, il tente de le franchir par la force mais est repoussé et subit de lourdes pertes, y compris son commandant, le SS-Hauptsturmführer Gräbner.

    À la fin de la journée, les 1er et 3e bataillons de parachutistes, qui ne comptent plus que 200 hommes, soit un sixième de leur force originelle, sont entrés dans Arnhem et sont à environ à 2 km du pont. La plupart des officiers et sous-officiers sont tués, blessés ou capturés. Le deuxième largage est retardé par le brouillard, mais atterrit avec tous ses effectifs : la 4e Brigade de parachutistes composé des 10ème, 11ème et 156ème bataillons du régiment de parachutistes, commandée par le général de brigade John Winthrop Hackett et les compagnies C et D du 2e South Staffordshire Regiment.

    Zone d'opération de la 82e Airborne 

    Largages de la 82e à Nimègue

    Grave s'avère bien défendu et les forces allemandes continuent à faire pression sur la 82e déployée sur les hauteurs de Groesbeek. Le 505e Régiment de parachutistes d'infanterie défend Horst, Grafwegen et Riethorst des contre-attaques allemandes. Tôt dans la journée, une contre-attaque allemande capture l'une des zones de parachutage allié, où le deuxième largage est prévu pour 13 h 00. Le 508e Régiment de parachutistes d'infanterie attaque à 13 h 10 et reprend la zone à 14 h 00, capturant 149 prisonniers et 16 pièces de DCA allemandes. Retardée par la météo en Grande-Bretagne, le deuxième largage n'arrivera qu'à 15 h 30. Ce largage incorpore des éléments de la 319e et 320e des Glider Field Artillery , le 456e bataillon de Parachute Field Artillery et des éléments de soutien médical. Vingt minutes plus tard, 135 bombardiers B-24 larguent des équipements, dont 80% sont récupérées.

    Zones d'opération de la 101e Airborne et du XXXe Corps 

    Largages de la 101e à Eindhoven 

               Suite à la perte du pont à Son, la 101e, tente, sans succès, de capturer un pont à Best, situé à quelques kilomètres, mais la tentative est repoussée. D'autres unités se déplacent vers le sud et parviennent finalement à l'extrémité nord de la ville d'Eindhoven.

                  À 06 h 00, les Irish Guards continuent d'avancer tout en faisant face à la résistance déterminée de l'infanterie et des chars allemands. À 16 h 00, un contact radio alerte la force principale que le pont Son a été détruit et qu'un pont Bailey est demandé pour le remplacer. A la tombée de la nuit, les Guards Armoured Division sont établis dans la région de Eindhoven. Toutefois les colonnes de transport sont gênées dans les rues étroites de la ville et sont soumises à des bombardements aériens allemands au cours de la nuit. Finalement, les ingénieurs du XXXe Corps, aidés par des prisonniers de guerre allemands, construisent un pont Bailey en 10 heures sur le Canal Wilhelmine

                   Pendant la journée, les britanniques du VIIIe et XIIe Corps, en soutenant l'attaque principale, ont aménagé plusieurs têtes de pont sur le canal Meuse-Escaut tout en faisant face à une vive résistance allemande. Tout au long de la journée, des attaques allemandes ont été lancées contre le XXXeCorps et contre les têtes de pont sur le canal Meuse-Escaut, le tout sans succès.

    Jour 3 : Mardi 19 septembre 1944 

    Arnhem

    Vue aérienne du pont d'Arnhem 

    Aux premières heures du matin, le 1er et 3e Bataillon, ainsi que 2e South Staffordshires essaient de rallier le pont d'Arnhem, tenu tant bien que mal par le 2e Bataillon de Frost. Quand l'aube se lève, le 1er Bataillon est repéré et arrêté devant la principale ligne de défense allemande. Pris sous un feu croisé, le 1er Bataillon est désintégré et ce qui reste du 3ème Bataillon est contraint à la retraite vers Oosterbeek. 

    Le 2e Bataillon (environ 600 hommes) tient encore l'extrémité nord du pont d'Arnhem. Les Allemands comprenant que les attaques d'infanterie, comme celles qui ont été repoussés dans le sang, la veille, sont inutiles, bombardent les positions britanniques avec des mortiers, de l'artillerie et des chars ; ils démolissent systématiquement chaque maison afin d'y déloger les défenseurs. Cependant, les Britanniques s'accrochent à leurs positions. 

    Oosterbeek 

    Parachutistes britanniques à Oosterbeek 

                Au nord d'Oosterbeek, la 4e brigade de parachutistes tente de percer les lignes allemandes, mais les difficultés de communication et la résistance ennemie causent l'échec de l'attaque. La 1re Division aéroportée a subi de lourdes pertes et a perdu sa capacité offensive. Dans l'impossibilité d'aider le lieutenant-colonel Frost sur le pont, les autres bataillons se retirent à Oosterbeek et installent une tête de pont défensive sur la rive nord du Rhin. Au même moment commence à atterrir les planeurs transportant les Polonais de 1ère Brigade indépendante de parachutistes, des canons anti-chars et des véhicules, et qui étaient bloqués en Angleterre en raison d'un brouillard épais. Soudain, un Messerschmitt apparaît et fait feu sur les planeurs. Avant de même de pouvoir toucher terre, de nombreux planeurs sont détruits. L'approvisionnement devient critique : la zone de largage est au mains des Allemands. En conséquence, les Britanniques se retrouvent avec seulement 10% des équipements parachutés.

    Nimègue 

    Char Cromwell le long de l'"Hell's Highway" entre Eindhoven et Nimègue  

                    A 08 h 20, le premier contact est fait entre le XXXe Corps de le 504e Régiment de parachutistes d'infanterie. A 08 h 30 la Division blindée des Guards du XXXe Corps entre dans Grave. La force principale arrive trois heures plus tard. À ce moment, selon le plan, le XXXe Corps devrait être à Arnhem. Une tentative de prendre le pont de Nimègue échoue. Gavin propose alors le plan suivant : les parachutistes du 504e Parachute Infantry Regiment doivent traverser le fleuve en bateau, 2 km en aval du pont. Arrivés sur la rive opposée, ils doivent capturer l'extrémité nord du pont puis faire la jonction avec le XXXe corps qui s'avancera sur le pont depuis l'extrémité sud. Malheureusement, les bateaux, demandés pour la fin de l'après-midi, n'arrivent pas.

           Une tentative d'approvisionnement de 35 C-47 (sur 60 envoyés) échoue, les fournitures n'ayant pu être récupérés. Le mauvais temps sur les bases anglaises a empêché les planeurs transportant le 325e Glider Infantry Regiment de décoller, mettant fin à tout espoir de renforts pour la 82e Airborne.

    Eindhoven-Veghel 

                   Dans le sud, les unités de la 101e qui ont pris Best la veille sont contraintes de faire retraite face à une contre-attaque de Fallschirmjäger dans de la matinée. Les chars britanniques arrivent au cours de la journée et repoussent les Allemands vers la fin de l'après-midi capturant au passage environ 1000 prisonniers. Dans la journée, des chars Panther arrivent à Son, faisant feu sur le pont Bailey. Un canon anti-char britannique de 57 mm, récemment débarqué, réagit rapidement et élimine quelques-uns des chars. Les Panthers restants se retirent sans causer de dégâts au pont. Dans la nuit, la Luftwaffe bombarde Eindhoven. La flotte aérienne composée essentiellement de Jukers Ju-87 et de Dornier Do-17 surprend la population qui n'a pas le temps de se mettre à l'abri. On déplore plus de 200 morts et 800 blessés parmi les habitants.

    Jour 4 : Mercredi 20 septembre 1944 

    Arnhem 

    Prisonniers britanniques à Arnhem 

    Le 2e bataillon du lieutenant-colonel John Frost tient encore le pont d'Arnhem, bien qu'il n'y ait plus d'espoir que le XXXe Corps les rejoigne. L'après-midi, les positions britanniques autour de l'extrémité nord du pont d'Arnhem se sont considérablement affaiblies. Une grave pénurie de munitions anti-char permet aux blindés allemands de détruire les positions britanniques à bout-portant. La nourriture, l'eau et les fournitures médicales se font rares, de nombreux bâtiments sont en feu et, devant le risque d'effondrement, une trêve de deux heures est organisée pour évacuer les blessés (dont le lieutenant-colonel Frost) en captivité. Frederick Gough remplace Frost au commandement du bataillon.  

                   Les Allemands viennent à bout des poches de résistance tout au long de la journée, prenant le contrôle de l'extrémité nord du pont au crépuscule, ce qui leur permet d'envoyer des renforts plus au sud, à Nimègue. Le reste des troupes britanniques continue de se battre, parfois aux couteaux, mais la lutte se termine le jeudi matin, vers 9 h 00, la quasi-totalité des soldats étant faits prisonniers. Le dernier message radio diffusé à partir du pont - "Plus de munitions. God save the King» - n'a été entendu que par les opérateurs radio allemands. 

    Nimègue 

     Sherman du XXXe Corps traversant le pont de Nimègue

           Les bateaux demandés la veille par la 82e Airborne arrivent dans l'après-midi et l'ordre d'assaut est donné. À environ 15h00, les Américains du 504e Régiment de parachutistes d'infanterie traversent avec 26 bateaux d'assaut en toile les 365 mètres qui les séparent de la rive opposée. Une pénurie de pagaies oblige certains soldats à pagayer avec les crosses de leurs fusils. Environ la moitié des bateaux parvient à traverser sous un feu nourri. Les soldats survivants prennent d'assaut l'extrémité nord du pont. Les forces allemandes se retirent et le pont est sécurisé entièrement à 19h10. Beaucoup d'explosifs ont été trouvés sur le pont, mais pour une raison inconnue alors, les Allemands n'ont pas réussi à faire sauter le pont avant la traversée des chars britanniques. On sait aujourd'hui que les câbles des explosifs ont été coupés par le jeune résistant néerlandais Jan van Hoof. L'attaque a été coûteuse et fut surnommé "Little Omaha" en référence à la plage d'Omaha Beach 

                 Lorsque le lieutenant-général Dempsey de la Deuxième Armée rencontre le général Gavin, commandant de la 82e division aéroportée, il aurait déclaré (en référence à l'attaque de Nimègue), "Je suis fier de rencontrer le commandant de la plus grande division du monde actuel" (I am proud to meet the commander of the greatest Division in the world). 

    Eindhoven  

          Les parachutistes de la 101e division aéroportée sont attaqués par la 107e brigade blindée allemande soutenue par des troupes SS. Les Américains luttent longtemps et sont finalement secourus in extremis par les chars du XXXe Corps qui repoussent les Allemands. Toutefois ces derniers continuent à harceler l'autoroute reliant Eindhoven à Nimègue.

    Limiter les pertes  

             Le réduit constitué par Urquart ne peut joindre les Polonais de Sosabowski qui, largués n'importe comment peu de temps auparavant, ont été massacrés ou capturés. Afin d'éviter une destruction totale de la première division aéroportée, le général Urquart décide d'évacuer afin de tenter de rejoindre les lignes américaines et celles du XXXe corps. Le 25 et 26 septembre, soit 9 jours après les premiers largages, les rescapés regagnent les lignes alliées. 

    •  Résultats  

    Bilan humain  

              L'opération est un échec complet sur le plan des effectifs engagés, en revanche ce n'est qu'un demi-échec pour les objectifs. Depuis ce temps, et en mémoire des Diables Rouges tombés, notamment ceux du colonel Frost, les parachutistes britanniques portent un ruban noir derrière leur béret ; mais la légende des anciens du Parachute Regiment veut que ce soit en souvenir de la trahison de l'un des leurs, un parachutiste capturé qui aurait craqué sous la torture, que les parachutistes britanniques arborent un ruban noir à leur couvre-chef. Le colonel Frost et ses hommes ont été des hommes d'honneur, des combattants mais surtout des résistants. D'assiégeants, ils sont devenus assiégés ; on leur avait demandé de tenir 2 jours, ils ont tenu plus d'une semaine, soit neuf jours et neuf nuits, sans renfort, ni repos. 

           Au total, du côté allié les pertes humaines s'élevèrent à 16 805 hommes tués, blessés ou prisonniers : dont 7 640 Britanniques et Polonais des 1st British Airborne Division et 1st Polish Parachute Brigade, 3 664 Américains des 82nd et 101st Airborne et 5 354 Britanniques pour le XXX Corps. 

             Du côté allemand le Generalfeldmarschall Walther Model estima à 3 300 le nombre des pertes de son groupe d'armées B ; mais des calculs récents avancent le chiffre de 8 000 soldats allemands hors de combat, dont au moins 2 000 tués.

    Conséquences stratégiques

                 Près de 12 000 parachutistes furent ainsi perdus, et Montgomery dut constater que « Market Garden a réussi à 90 %... ». En tout cas, l'opération porta un bien mauvais coup à Model: sa ligne de résistance sur les cours d'eau des Pays-Bas avait été coupée en deux, et il dut rayer de ses effectifs environ 7 000 soldats et 95 blindés... Il s'agit néanmoins de l'un des derniers succès tactiques de l'Axe.

                  Par ailleurs, en raison de la priorité donnée à cette opération, le camp allié négligea de prendre le contrôle des rives de l'Escaut, qui donne accès au port d'Anvers (tombé intact aux mains des troupes britanniques le 7 septembre), en laissant libres sur ses arrières les restes importants d'une division parachutiste allemande, qui se réorganisa rapidement. La prise de contrôle d'Anvers n'aura lieu que plus tard, au prix de lourdes pertes, de sorte que le port d'Anvers ne sera utilisable qu'à partir du 28 novembre.

            Entre temps, l'approvisionnement devra toujours se faire au départ des ports artificiels installés sur les côtes normandes et du port de Cherbourg, ce qui provoquera une crise logistique, l'approvisionnement des unités en ligne se faisant difficile en raison de l'étirement excessif des itinéraires de ravitaillement.

    Famine aux Pays-Bas 

    Une conséquence tragique de l'échec de l'opération fut le Hongerwinter (« L'Hiver de la faim »). En effet, pendant la bataille, les travailleurs des chemins de fer néerlandais, incités par le gouvernement néerlandais à Londres, entamèrent une grève afin d'aider l'avance alliée. En représailles, les allemands interdirent le transport de nourriture, ce qui provoqua une famine durant l'hiver 1944-1945 et causa la mort d'environ 18 000 néerlandais.

    Lieux de mémoire

          Le pont d'Arnhem n'a pas survécu à la guerre du fait qu'il a été détruit par les Allemands en octobre 1944. Il a été remplacé par un pont d'apparence similaire en 1948. Ce dernier a été rebaptisé pont John Frost (John Frostbrug) le 16 septembre 1978.

                Le 16 septembre 1994, des anciens combattants de la 101e Airborne ont inauguré un "Monument pour les Néerlandais" à Sint-Oedenrode. Le monument est un don des anciens combattants aux civils qui ont combattu aux côtés des troupes américaines, à la surprise de ces dernières. Ce monument est "dédié à la population du Corridor par des vétérans de la 101e Airborne Division, en reconnaissance de leur courage, de leur compassion et amitié."

             Le 31 mai 2006, la 1ère Brigade Indépendante de Parachutistes Polonais a reçu l'Ordre militaire de Guillaume Ier par SM la Reine Beatrix en raison de sa bravoure à Arnhem pendant l'opération Market Garden. Le 82e division aéroportée avait également reçu le même ordre le 8 octobre 1945.

                Plusieurs musées des Pays-Bas sont dédiés à l'opération Market Garden, dont : le Musée national de libération à Groesbeek, le Wings of Liberation Museum Park à Schijndel, et l'Airborne Museum Hartenstein à Oosterbeek.

    Anecdotes 

             Avant le déclenchement de l'opération Market Garden, certains émettaient des doutes quant à la réussite plus qu'incertaine de l'opération, tel Browning (commandant du CA aéroporté) qui en vint à demander à Montgomery :

    « Combien de temps faudra-t-il aux blindés pour nous rejoindre ?

    — Deux jours, lui répond Montgomery.

    — Nous pourrons tenir quatre jours. Mais je crains bien, Monsieur le Maréchal, que nous n'allions un pont trop loin. » (Voir le film « un pont trop loin »)

    Patton, quant aux occasions manquées faute de carburant, déclara :

    « J'étais alors convaincu, et la suite me donna raison, que nous n'avions pas d'autres Allemands devant nous que ceux qui se battaient. En un mot, il n'y avait pas de profondeur. »

     


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